Médias et informatique : le canton de Berne montre la voie

BPulver« L’utilisation des technologies de l’information et de la communication (TIC) constitue aujourd’hui une compétence de base au même titre que la lecture, l’écriture et le calcul ». Partant de cette évidence, le Directeur de l’Instruction publique du canton de Berne, Bernhard Pulver (photo), a dévoilé ce vendredi 12 août à Zollikofen une trentaine de recommandations aux communes et aux directions d’école, portant sur les médias et l’informatique.

Même si elles n’ont pas un caractère obligatoire, ces recommandations fixent un horizon idéal qu’il sera difficile d’ignorer. « Chaque école doit mettre au point un plan pédagogique MITIC (médias, images et technologies de l’information et de la communication) définissant concrètement les modalités de mise en oeuvre de l’éducation aux médias et de l’informatique », insiste Bernhard Pulver. « Les autorités communales exigent que les écoles élaborent et révisent périodiquement un plan MITIC », lit-on dans le document officiel. Parce que de tels plans auront une incidence sur les dépenses d’infrastructure, il appartiendra aux autorités communales de les discuter en commun et de les approuver. Aux écoles qui ne savent trop comment s’y prendre, le Centre MITIC interjurassien mettra à disposition un outil web pour élaborer ce fameux plan MITIC.

Chaque établissement tiendra compte des compétences en médias et en informatique de son corps enseignant. Mais, avertit la Direction de l’instruction publique, « ces compétences devraient se compléter » et il faudra « en tenir compte lors de l’engagement de nouvelles personnes ». « Il faut encourager les enseignants et enseignantes à avoir une attitude ouverte vis-à-vis des évolutions dans le domaine des médias et de l’informatique » et organiser une « formation continue systématique », insiste-t-elle également.

Au niveau de l’équipement, les recommandations bernoises encouragent l’acquisition de terminaux informatiques mobiles pour les élèves et l’installation d’un réseau wi-fi doté d’une bande passante suffisante (2 Mbit/s par appareil) pour travailler en simultané avec de la vidéo. Des points d’accès permettront d’ajuster la puissance d’émission au débit de données. Les recommandations font même un pas en direction de l’usage de leurs appareils personnels par les élèves : « Le principe BYOD (Bring Your Own Device) peut être étudié par des écoles dans le cadre de projets comme alternative possible à l’acquisition de terminaux par la commune ».

Les recommandations préconisent la prudence en ce qui touche au stockage des données et à l’utilisation de services en nuage. La Haute école pédagogique bernoise a élaboré un système de feux tricolores pour évaluer le degré de protection des documents et des contenus numériques et pour déterminer s’ils peuvent être utilisés dans l’enseignement.

Autre recommandation décapante : « Il faut utiliser les compétences des élèves lors de l’utilisation des appareils, des logiciels, d’Internet et des médias sociaux ». La Direction de l’instruction publique ne voit aucun obstacle à ce que les élèves les plus dégourdis en matière de MITIC jouent le rôle de « coaches médias » et « déchargent ainsi les enseignantes et enseignants dans l’encadrement de la classe ». Les intéressé-e-s recevraient même un certificat précisant la nature de leur engagement et de leurs compétences…

Enfin, l’enseignement des compétences MITIC définies dans les plans d’études « doit être planifié de manière interdisciplinaire et réparti entre le plus de disciplines possible ». Le choix des moyens et des contenus d’enseignement portera toujours plus sur le numérique, à condition que les exigences de qualité et la conformité aux plans d’études soit garantie.

Christian Georges

Lien vers les recommandations et la documentation complète

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Que penser du palmarès du NIFFF ?

Les organisateurs et les hôteliers ont le sourire. Avec 35’500 entrées, la 16e édition du Neuchâtel International Fantastic Film Festival a rempli les salles et les chambres. Mais que dire du bilan artistique de la manifestation ?

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L’attribution du Narcisse du meilleur film de la compétition à « Under The Shadow » (photo ci-dessus) apparaît comme un choix judicieux. L’Iranien Babak Anvari s’y montre en effet assez adroit à s’affranchir de l’influence écrasante de ses deux compatriotes Abbas Kiarostami et Asghar Farhadi. Il est déjà intrigant de voir un long métrage situé durant la guerre Iran-Irak, dernier conflit conventionnel du XXe siècle. Il est encore plus remarquable que la protagoniste principale soit une femme (qui apparaît le plus souvent non voilée) au tempérament de résistante. Disqualifiée pour son activisme politique passé, celle-ci se voit refuser une place en faculté de médecine. Elle s’accroche pourtant à sa vocation, par fidélité à une promesse faite à sa mère. Elle résiste aussi aux injonctions de son mari, médecin mobilisé sur le front, qui préférerait qu’elle quitte la capitale pour éviter à leur enfant les pluies de missiles irakiens. Dans un contexte domestique anxiogène, Anvari fait rôder un mal protéiforme, que la maîtresse des lieux, rationaliste convaincue, tarde à identifier. Qui sont les « djinns », ces esprits malfaisants que la fillette du film perçoit avant tous les autres locataires ? Quand une vidéocassette des leçons d’aérobic de Jane Fonda est retrouvée entortillée dans la poubelle, on pourrait croire qu’il s’agit des foudres de la censure islamique. Cette sarcastique inversion des codes, alliée à une retenue bienvenue dans les effets spéciaux, permet de fonder quelques espoirs sur le prochain film de Babak Anvari.

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« Swiss Army Man » (photo ci-dessus) est reparti avec le Prix de la critique internationale, le Prix du public et le Prix « Imaging the Future » du meilleur production design. C’est sans doute la troisième de ces récompenses qui paraît la plus méritée. Comme aux meilleures heures des ateliers de bricole organisée par Michel Gondry, Daniel Scheinert et Dan Kwan se donnent en effet beaucoup de mal pour recréer en forêt le petit théâtre de la vie, à partir des déchets trouvés sur place. Le but : permettre à un Robinson au bord du suicide (Paul Dano) de ré-expliquer le sens de l’existence à un cadavre inexplicablement revenu à la conscience (Daniel Radcliffe). Dans un article cocassement délirant, Indiewire soutient que la performance de ce dernier mérite tout autant l’Oscar que celle de Leonardo DiCaprio dans « The Revenant« . C’est sans doute exagéré. Tout comme il serait exagéré de voir en cette pochade pour geeks une transgression digne des meilleurs Buñuel. En transformant un « cadavre qui pète » en hors-bord, en ramenant un défunt à un « outil multi-usages » (le titre signifie « l’homme couteau suisse »), les réalisateurs se rendent bien coupables d’une profanation telle que les affectionnait Don Luis. Mais quand ils tartinent une Bible de dessins enfantins destinés à illustrer le fait que « tout le monde fait caca », ils apparaissent pour ce qu’ils sont : de petits malins coincés au stade anal. La folie guettait avec ce compagnonnage forcé entre un désespéré et un cadavre pourrissant. Le film revient à toute vitesse dans les clous de la comédie romantique trash, en oeuvrant au laborieux rachat d’un geignard solitaire, accroché à l’image d’une femme inaccessible et en froid avec son papa.

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Les élèves du Lycée de Rougemont ont choisi d’attribuer le Prix de la jeunesse du NIFFF à « Detour » du Britannique Christopher Smith (photo ci-dessus). Ce film noir situé aux Etats-Unis, non loin de la frontière mexicaine, démarre sous des auspices prometteurs. Un prof d’Uni démontre l’arbitraire de la justice, selon que les actes sont jugés dans un contexte géographique ou un autre. Vouant une haine tenace à son beau-père, un étudiant se laisse entraîner dans un engrenage schizophrène : le scénario le voit successivement nouer une alliance avec un truand pour s’en défaire, puis commettre lui-même un homicide. Cette parabole sur la fin et les moyens abuse du split screen, au point que le spectateur ne sait plus très bien dans quelle version de l’histoire il se trouve.

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A contrario, le thriller belge « Les Ardennes » (photo ci-dessus) s’impose par la cohérence de sa ligne claire. Montré dans la section parallèle des « Films of the third kind », le film de Robin Pront effectue l’improbable jonction entre le délicat cinéma social des Dardenne et la noirceur brute de « Bullhead« . Cette histoire de deux frères minés par le non-dit et la culpabilité a un immense mérite : celui de ne pas prendre de haut des personnages plombés par leurs limites et leur monde étriqué. Et la virtuosité de sa mise en scène épate : le règlement de comptes dans la station de lavage pour voitures vaut celui filmé par Cronenberg dans le hammam des « Promesses de l’ombre« . Bonne nouvelle : « Les Ardennes » sort mercredi 13 juillet dans les salles romandes.

Christian Georges 

 

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Abbas Kiarostami, au chat et à la souris

Kiarostami

J’ai eu le privilège de rencontrer Abbas Kiarostami trois ou quatre fois. C’était un privilège et un exercice complexe. Le cinéaste iranien prétendait ne pas maîtriser l’anglais et se faisait systématiquement accompagner d’un traducteur farsi. Processus laborieux. Et pourtant, quelle surprise de voir son visage de sphinx s’animer parfois, derrière les éternelles lunettes à verres fumés, lorsque la question le titillait. Quelque chose d’imperceptible mais d’infiniment gratifiant pour le journaliste. Un léger sourire, un sourcil qui se levait, une détente du visage. Kiarostami, nous l’avons vu aussi s’irriter de manière cinglante contre un confrère qui n’avait pas bien écouté ses réponses. Le plus beau souvenir d’un échange avec lui date de 1995. C’était à Orsellina, durant la rétrospective que lui consacrait le Festival de Locarno. J’ai retrouvé trace de cet entretien dans lequel le cinéaste déploie sa pensée dans le bonheur de l’improvisation, grâce aux archives numériques des quotidiens neuchâtelois « L’Express » et « L’Impartial« .

« Abbas Kiarostami était a Locarno omniprésent et un peu inaccessible. Notre confrère Vincent Adatte a alors eu une intuition géniale: il a suggéré qu’Abbas Kiarostami commente librement des termes-clefs choisis dans une liste de mots dressée pour l’occasion et suscitée par la vision de ses films. Ravi, l’intéressé a aussitôt pointé le mot «voiture» pour avouer qu’il ne tient pas en place :

«Je regarde le monde à travers les fenêtres de mon véhicule. Ma pensée est bien plus fluide que lorsque je suis assis à mon bureau. En voiture, on entre dans une autre dimension, nous ressentons mieux nos émotions, nous sommes plutôt de meilleure humeur. La plupart de mes idées me viennent quand je conduis et que je les enregistre. Un jour, nous avons pris la route avec mon assistant qui me poussait depuis six mois à écrire un scénario. Notre destination se trouvait à 400 km de Téhéran. Nous avons lancé la bande, je me suis mis à parler de l’histoire. Quand nous sommes rentrés, dans la nuit, le script était prêt. Tout se passe beaucoup mieux avec le mouvement, quand vous n’êtes pas assis devant votre feuille blanche».

LE VENT

«Le vent est la métaphore cinématographique la plus proche d’un esprit inquiet. Dans «Où est la maison de mon ami ?», le vent se met à souffler quand Ahmad est malheureux parce que ses recherches ont échoué et qu’il se résigne à faire également les devoirs de son ami. En tant que manifestation extérieure, le vent aide le public à comprendre ce qui se passe en lui et ce qu’il n’a pas pu exprimer. On retrouve ce leitmotiv dans l’épilogue d’«Au travers des oliviers». Hosein se met à suivre la fille et les airs qui soufflent reflètent ses tourments intérieurs. C’est un peu un cliché, mais je crois que c’est un cliché puissant qui fonctionne. Quand quelqu’un a peur, qu’il est seul, malheureux, qu’il attend avec anxiété une échéance importante, le vent est comme un ami fidèle qui est solidaire de ses problèmes. Celui qui est proche de la nature peut éprouver ce genre de réconfort».

L’ENFANT

Gosse«L’enfance est pour chacun la période la plus importante de sa vie. Je continue de penser que c’était la meilleure partie de mon existence. Comme disait Freud, la construction mentale de tout un chacun a lieu pendant l’enfance. La maturité d’un adulte dépend de l’enfant qu’il a été. Quelqu’un qui se laisse enfermer par le conditionnement social est un pauvre gosse ! De toute façon, l’enfant dilapide son innocence au fur et à mesure qu’il acquiert de l’information.

En observant les enfants, vous verrez qu’ils vivent comme les grands mystiques. Ils savent vivre bien mieux que nous. Ils sont très opportunistes et voient les choses d’une façon bien plus positive. Je n’ai jamais vu un enfant qui avait peur de la mort, une caractéristique que partagent justement les mystiques. Un enfant n’aura pas besoin d’avaler un café le matin pour se fendre d’un sourire. Regardez leurs visages au réveil : leur bouche s’ouvre avant leurs yeux. Ils commencent la journée avec un sourire. Ils aiment bien trop la vie pour s’enfoncer de nouveau dans le sommeil.

Un philosophe arabe disait des enfants: «Je les aime parce qu’ils pleurent facilement et montrent leurs émotions. Je les aime parce qu’ils détruisent ce qu’ils viennent de construire et n’essaient pas de le préserver. Je les aime parce qu’ils partent en vadrouille et se laissent rouler sur le sol pour jouer dans la terre avec leurs habits neufs, en toute insouciance. Et quand ils se battent entre eux, il n’y a pas trace de haine dans leur cœur

LA MÉMOIRE

«Si un individu parvenait à se purger de tous ses souvenirs, peut-être qu’alors il ne vieillirait plus. La mémoire est comme une armoire : la plupart des étagères se remplissent avec le temps. Mais je voudrais souligner un aspect négatif : les souvenirs sont toujours à double tranchant. Les bons nous imprègnent moins que les mauvais. Nous préférons cultiver nos mauvais souvenirs et nous finissons par appeler ça «l’expérience». Et nous comptons sur l’acquis de cette expérience pour nous préserver de ce qui pourrait nous menacer plus tard. Alors qu’en fait, aucune expérience ne peut se révéler véritablement utile. Car jamais aucun événement ne se produira deux fois exactement de la même manière. Nous nous encombrons de milliers d’outils en pensant qu’un jour peut-être l’un ou l’autre sera utile. Engranger des souvenirs, c’est comme faire la tournée des ordures à mon sens. Je suis tout à fait prêt à me délester de tous mes souvenirs, bons ou mauvais, d’un simple claquement de doigts. Ou à les donner aux enchères ! J’ai envie d’ouvrir tout grand les tiroirs de mon cerveau.»

Christian Georges

(Photo de tournage de « Copie conforme », Laurent Turin Nal / MK2)

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Euro 2016 : la RTS en fait-elle trop ?

Studio

Dans un dossier titré La SSR sous pression ”, le magazine L’HEBDO relance la question du périmètre du service public (no 23, Semaine du 9 juin 2016). L’ancien directeur des Musées d’ethnographie de Neuchâtel et de Genève, Jacques Hainard, se dit “ anéanti ” par la quantité de sport que propose la RTS : “ A ce niveau-là, le cadre du service public est largement outrepassé ”, confie-t-il à L’HEBDO (no 24, Semaine du 16 juin 2016).

“ De la fin mai à la fin août, ce seront au total plus de 1000 heures de direct de sport à suivre en TV, sur le web, mais aussi en radio, dans les pages du teletext et sur les réseaux sociaux. Une offre unique en termes de densité et de diversité pour un média de service public ”, se félicite de son côté le rédacteur en chef des sports Massimo Lorenzi (communiqué de presse RTS du 1er juin 2016).

Comme certains des interlocuteurs de L’HEBDO reprochent à la RTS de négliger la culture, limitons notre analyse à la couverture de deux événements : l’Euro 2016 de football et le Festival de Cannes.

La RTS propose les 51 matches en direct, mais ne dévoile pas le montant des droits TV versés (écouter Massimo Lorenzi dans l’émission TTC du 6 juin, à 2 min 20).

Chacun des cinq commentateurs TV des matches couvre deux villes (David Lemos, Stéphane Rinaldi, Jean-François Develey, Frédéric Scola et Philippe Von Burg), associés à deux consultants (Alexandre Comisetti et Michel Pont). Alberto Montessissa et Olivier Dominik sillonnent les routes de France en 2CV « pour faire suivre l’Europ sur des chemins de traverse et poser un regard décalé sur cet événement à travers des rencontre insolites et des duplex en diverses régions de France ».

Sur un nouveau plateau à Genève dans lequel la RTS a visiblement investi, Marie-Laure Viola et Steve Roth proposent un rendez-vous quotidien sur l’Euro, dès 20h05, laissant parfois les commandes au chef des sports Massimo Lorenzi. En radio, trois envoyés spéciaux font vivre la compétition aux auditeurs de La Première : Joël Robert, Hervé Borsier et Bernardin Allemann. Sur Couleur 3, le duo Fantin Moreno – Charles Nouveau commente en direct chaque match de poule de l’équipe de Suisse. Sur les réseaux sociaux (Facebook, Twitter, Snapchat ou Instagram), la RTS propose à ses followers des contenus originaux qui doivent bien avoir été produits par d’autres que les précités, comme la web-série “ Chutes de terrain ” ou la série “ Short ” (6 x 1’30 »), avec six portraits de joueurs concoctés par Michael Lapaire et Samuel Vuillermoz.

L’équipe de l’actualité TV est aussi mise à contribution, puisque le 12:45 propose chaque jour une tranche spéciale de 15 minutes, avec un invité ou un chroniqueur présent sur le plateau. Et le 19:30 y va aussi de sa capsule centrée sur le ballon rond. Aux 17 collaborateurs précités, il faut bien entendu associer les recherchistes, monteurs et techniciens sur le pont.

La RTS pourrait-elle faire plus pour couvrir l’Euro 2016 de football ? Non... Mais la justification de son effort est la suivante : le spectateur suisse romand paie peut-être une redevance élevée en comparaison européenne, mais il a droit à un traitement 5 étoiles lors d’un grand événement sportif. Alors qu’à l’étranger, le sport migre de plus en plus vers des chaînes payantes… La RTS respecte les minorités du pays en diffusant en direct les matches du Portugal, de l’Italie, de l’Espagne, de l’Albanie, de la Croatie, etc. Il serait intéressant de savoir si ces minorités suivent les matches sur la RTS ou sur les chaînes de leurs pays d’origine… Lors du premier match de l’équipe de Suisse, la RTS a enregistré une audience moyenne de 282’000 spectateurs, soit une part de marché de 66%.

Culture vs football

Le Festival de Cannes se targue d’être l’événement mondial le plus couvert par la presse après les Jeux Olympiques. Près de 4000 professionnels des médias y sont accrédités. La comparaison avec l’Euro est d’autant plus tentante que cela se déroule en France aussi et que la Suisse y était représentée lors de l’édition 2016 (par le film “ Ma vie de Courgette ”, photo ci-dessous, dans la section parallèle de la Quinzaine des réalisateurs).

Ma-vie-de-courgette

Eh bien la SSR était également en force à Cannes en mai dernier ! Selon la liste officielle des médias représentés, la RSI avait 2 envoyés spéciaux et SF (Schweizer Fernsehen) 10. La RTS a demandé également 10 accréditations (pour Philippe Congiusti, Rafaël Wolf, Raphaële Bouchet, Miruna Coca-Cozma, Ismaele Gonzato, Sylvain Michel, Claire Burgy, Julie Evard, Isabelle Wehrli et Sébastien Faure).

Ces envoyés spéciaux ont eux aussi proposé des rendez-vous quotidiens, dans l’actualité radio et TV, dans des émissions spéciales, sur les réseaux sociaux et sur la toute nouvelle plateforme web RTS culture (comme par exemple ce sujet sur “ L’enfance selon Spielberg ” ou ce dossier sur “ Ma vie de Courgette ”). Ont-ils suscité une réaction de saturation de la part de certains ? Nous n’en avons pas eu l’écho. La RTS aurait-elle pu faire plus durant Cannes ? Oui, sans doute. Contrairement au football, la sélection d’un festival ne peut certes pas être diffusée en direct. En revanche, la programmation cinéma de RTS Un et Deux durant la quinzaine cannoise aurait pu proposer des films qui ont fait les grandes heures de la Croisette lors des années écoulées. Alors que la plupart des chaînes publiques francophones déroulaient le tapis rouge à une programmation “ cannoise ” de haut vol (Arte en tête), rien de tel n’était proposé au spectateur romand. Les films primés en festival lui sont proposés au compte-gouttes, généralement aux alentours de minuit.

Christian Georges

 

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Paroles de jeune homme : respect !

Vladimir

« Les jeunes ceci, les jeunes cela... » Quelle logorrhée dans les médias lorsqu’il s’agit de décrire la jeunesse actuelle, ses plaisirs, ses dérives, ses limites ! Mais quelle place y a-t-il pour ses rêves, ses valeurs, sa parole vraie ? Chaque semaine dans son JT de 19:30, la RTS bute sur le même écueil. A l’enseigne de #Tasvulactu, elle s’efforce de faire réagir des jeunes gens à l’actualité de la semaine. Il est rare que le propos dépasse la soupe tiède des poncifs et des jugements convenus, des généralisations hâtives et des assertions maladroites. Sur le site Arrêt sur images, la méritoire expérience de « Classe télé » donne à de plus jeunes élèves l’occasion de commenter une séquence vue sur le petit écran. On sent l’exercice très cadré par l’enseignant-e et l’animateur (c’est déjà un bon point : il y a eu une réelle démarche d’éducation à l’image et aux médias !).

Et puis pof ! L’Hebdo du 26 novembre donne une page à Vladimir Recordon, 17 ans, apprenti dans la restauration à Bienne (photo ci-dessus). Une page pour parler de sa vie, de sa famille, de ses amours, de son futur et de sa vision du monde (ses propos sont répercutés par la journaliste Sabine Pirolt, à partir d’un texte plus long publié sur le blog « Et vous, comment ça va ?« ). Et c’est d’une fraîcheur et d’une sincérité impressionnantes. Extrait :

« A mes yeux, une fille ce n’est pas un jouet, c’est un diamant qu’il faut chérir. Si elle a eu une mauvaise journée, il faut lui acheter deux ou trois fleurs. Mais de moins en moins de gars comprennent ça. (…) Ce qui me fait marrer, c’est que beaucoup de filles cherchent le respect. Le problème, c’est qu’elles posent à moitié nues sur les réseaux sociaux et beaucoup s’intéressent aux bad boys« .

Elevé par des parents sourds tous les deux, Vladimir a des mots très émouvants pour décrire les liens familiaux.

Un témoignage exemplaire et respectueux, que nous mettons volontiers en évidence, en écho au slogan de la 13e Semaine des médias à l’école en Suisse romande : « Le respect dans un monde numérique« .

Christian Georges

 

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La Semaine des médias prend racine

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L’histoire prend parfois des détours ironiques. Au XXe siècle, certains s’inquiétaient du succès de la presse écrite. Avec les tirages faramineux et l’expansion sans fin de titres, les forêts mondiales paraissaient vouées à disparaître. Au XXIe siècle, on s’inquiète maintenant des menaces qui pèsent sur la presse écrite…

Des lycéens de Neuchâtel, de jeunes pousses, ont fait fi de ce qui menace la branche. Au début de l’année, emmenés par leur enseignante Nade Houmard, ils se lançaient dans la rédaction d’un journal fictif intitulé « La Gazette du XXe siècle« . Ils revisitaient des événements du siècle passé, avec les codes de la presse de l’époque. Un travail qui leur a valu un prix au concours de Unes de la Semaine des médias à l’école.

« On aurait pu investir ces 400 CHF dans un repas, mais j’ai proposé quelque chose de plus durable. Les élèves m’ont d’abord prise pour une originale… », confiait hier Nade Houmard dans les jardins du Lycée Denis De Rougemont. C’est en effet un investissement vert de belle futaie qu’apportaient les employés du Service des parcs et promenades : un chêne chevelu de 8 ans (un arbre choisi en référence aux choix capillaires de certains élèves).

Le futur vénérable a été solennellement présenté, planté, baptisé au cidre breton. Dans 50 ans, a plaisanté le directeur, les élèves pourront se donner rendez-vous pour évaluer sa croissance. Mais en mars 2016, Nade Houmard a prévu de remettre ça : elle participera sans doute avec sa classe au concours radio de la 13e Semaine des médias à l’école en Suisse romande.
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Histoire vivante, triolisme et chambres à part

« Ce que l’Histoire enseigne à l’étre humain, c’est que l’être humain n’apprend rien de l’Histoire » (Kurt Tucholsky)

Depuis bientôt quinze ans, « Histoire vivante » s’attache à faire mentir cette maxime. Un petit miracle de convergence entre la télévision (RTS Deux), la radio (RTS La 1ère) et la presse écrite (La Liberté). Ses artisans étaient jeudi 8 octobre les invités du Club 44 à La Chaux-de-Fonds. L’occasion de lever le voile sur quelques secrets de fabrication et retours de notoriété.

Jean Leclerc

Jean Leclerc

« Je ne donne jamais les questions à l’avance, je refuse ! », lance ainsi Jean Leclerc. Homme de théâtre et de radio, il cuisine longuement experts et invités qui se présentent parfois à lui un brin tétanisés (car ils se savent écoutés par leurs pairs universitaires). Contrepartie appréciable pour eux : l’échange n’est pas diffusé en direct et Leclerc pas vraiment adepte de la question piège : « J’ai pour principe de ne pas couper la parole. Même face à quelqu’un qui se trompe, face à un porte-voix ou un convaincu, ça vaut le coup d’écouter son raisonnement jusqu’au bout… »

L’homme au timbre de voix magnétique dit enregistrer et monter le squelette de ses émissions chez lui, entouré de ses chaussettes, qui ont l’avantage de donner une acoustique soyeuse à ce bout à bout sans aucun son d’appoint. Les émissions sont ensuite mises en ondes par six réalisateurs, qui lui donnent leur couleur musicale.

Pour le choix des thématiques, il y a l’embarras du choix : à la tête de l’unité documentaires à la RTS, Irène Challand reçoit chaque année 600 films du monde entier. L’ancienne correspondante à Berlin met à profit le réseau élargi des chaînes publiques francophones, mais aussi ses contacts avec les chaînes allemandes et autrichiennes.

Irène Challand, Cheffe Unité Documentaires TV

Irène Challand, Cheffe Unité Documentaires TV

Une fois choisi le documentaire d’une semaine donnée, Jean Leclerc travaille avec deux journalistes, qui ont respectivement une formation de sociologue et d’historien. Si des réunions rédactionnelles ont lieu entre répondants de la radio et de la télévision, chaque opération est marquée par une stricte indépendance éditoriale.

« Il arrive que les documentaires TV passent un sale quart d’heure dans l’émission radio de Jean Leclerc« , souligne Irène Challand. « Il arrive aussi que La Liberté sorte une page « La face cachée de… » « Le triolisme, c’est possible, à condition de faire chambre à part », conclut Jean Leclerc.

Parfois, l’émission « sort de la boîte » et mobilise l’attention dans l’espace public : ce fut le cas lorsque des étudiants de l’Université de Fribourg firent part de leurs recherches à partir du documentaire « La Brasserie du Cardinal – Le goût amer du capitalisme« . « Pas mal de Romands partent en vacances avec Jean Leclerc« , observe aussi Irène Challand, en rappelant qu’Histoire vivante est l’une des émissions les plus podcastées sur le site de la RTS.

Il y a cinq ans, une enquête d’audience menée auprès de 660 Romands a montré que 40% des sondés associent Histoire vivante à un produit média. 22% écoutent les émissions radio. 30% des Fribourgeois lisent la page dans La Liberté et 25% des téléspectateurs romands  regardent plus ou moins régulièrement le documentaire du dimanche soir. Un film qu’il est en général possible de revoir durant sept jours sur le site RTS.ch, une durée qu’Irène Challand s’efforce même de porter à 30 jours quand les accords de diffusion le permettent.

Aujourd’hui, Jean Leclerc estime qu’il y a davantage « péril sur les sciences humaines » que danger pour la radio en général : « C’est un média que toutes les nouveautés auront du mal à user. Le son offre une liberté pour l’imaginaire de tout un chacun, dont la vertu est reconnue. » Lui dit avoir voulu « faire autre chose que de la radio à la radio » et échapper au flux. « J’envoie des bouteilles à la mer. Je ne sais pas si elles vont être ouvertes… » L’évolution en cours à la RTS la préoccupe tout de même : « Un espace comme celui d’Histoire vivante est fragilisé. Et je regrette qu’on demande à nos réalisateurs d’être quelque chose qui ressemble davantage à des automates et des machines que des êtres sensibles ».

Responsable des pages Histoire vivante au quotidien La Liberté, Pascal Fleury se réjouit de la place exceptionnelle qu’une telle initiative offre à l’Histoire dans un journal : plus de 550 pages ont été diffusées depuis 11 ans. Face à l’impossibilité d’être exhaustif, il est nécessaire de trouver à chaque fois un angle original, des témoins vivants. Le journaliste est parfois invité dans les écoles pour présenter une thématique. Il se dit flatté que des enseignants découpent pieusement les pages du journal. Et Irène Challand salue la promotion effectuée par l’unité Médias de la CIIP, qui non seulement recommande l’enregistrement des documentaires par les médiathèques scolaires, mais associe certains à des dossiers pédagogiques.

Christian Georges

http://www.rts.ch/docs/histoire-vivante/

http://www.laliberte.ch/news/dossiers/histoire-vivante/

http://www.e-media.ch/e-media/medias/radio_television_suisse/histoire_vivante

 

 

 

 

 

 

 

 

Christi@n Georges

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