NIFFF (3) – Croissance pérenne confirmée : 48’000 spectateurs pour cette édition !

Final en beauté : à un an du 20e anniversaire du festival, ses organisateurs n’ont pas manqué de souligner l’excellente santé de l’événement et son remarquable record de fréquentation : 4’000 spectateurs de plus cette année qu’en 2018 ! Tant en qualité qu’en diversité, l’unique festival de genre en Suisse a fait ses preuves.

Le prix du meilleur film (Narcisse d’Or) a été attribué à la sottie irlandaise Extra Ordinary qui a également emporté le Prix du public. C’est le plus pétillant de 3 films truffés d’humour, tendance « gore à gogo », que nous avons applaudis avec les festivaliers.

Grand vainqueur des joutes 2019, Extra Ordinary, (Mike Ahern & Enda Loughman, Irlande, Belgique) est une comédie fantastique déjantée qui se gausse du film de genre avec un humour débridé. Une histoire de monitrice d’auto-école, fille d’un spécialiste ès fantômes décédé, elle-même capable de communiquer avec les spectres. Un veuf harcelé par sa défunte l’adjure de sauver sa fille, tombée entre les griffes d’une rock star déchue qui espère remonter dans le hit parade en la sacrifiant à Satan. Le veuf et la monitrice-medium vont procéder à la cocasse collecte tous les ingrédients nécessaires à un rituel qui sauvera la victime. Rires garantis par cette satire du paranormal où les objets jetés ont encore une âme, où les morts parlent par la bouche des vivants, où les forces en présence s’arrachent le corps en lévitation de la vierge sacrificatoire.

2ème perle cocasse, First Love (Japon et UK), que son auteur Takashi Miike annonçait comme un film d’amour (sans ultra-violence) entre Monica, une call-girl toxicomane et Leo, un jeune boxeur. Et non ! Dans un Tokyo lugubre, les deux jeunes gens vont être poursuivis par un policier corrompu, un yakuza et son ennemi juré, une tueuse envoyée par les triades chinoises, et des armées d’hommes de main. Comédie d’action complètement déjantée et absurde, First Love nous gave de touches hilarantes : une tête décapitée qui regarde son corps tomber, un yakuza, sabre au clair, courbé de douleur par une crampe, un autre qui tente de récupérer le pistolet agrippé par sa main qui vient d’être sectionnée, un malandrin tellement shooté qu’il ne remarque même pas qu’il lui manque un bras, etc. Miike s’amuse comme un gosse en nous plongeant dans une nuit grotesquement infernale où, à l’exception du jeune couple, tout le monde veut la peau de tout le monde, et mal leur en prend. Miike n’est jamais à court d’invention pour conjuguer violence et absurde. La filiation de First Love avec le manga s’illustre dans une séquence finale d’animation justifiée (le réalisateur dixit) par le vieillissement des bons cascadeurs japonais et par le coût prohibitif d’une telle séquence en live !

Enfin, la 3ème perle du genre : la comédie Why don’t you just Die ? / Papa, sdokhni (Kirill Sokolov, Russie), une tarantinade complètement démente et très gore ! Un jeune homme armé d’un marteau s’invite chez un policier (chauve et baraqué) qu’il accuse d’inceste avec sa propre fille. Les deux mâles en viennent tout de suite aux mains : tables, chaises, armoire, télévision volent, et eux-mêmes passent à travers les parois. Une accumulation de doigts disloqués, têtes explosées, crânes fracturés, chairs attaquées à la perceuse, dans un appartement de plus en plus démoli et sanguinolent. Une coloration et une violence de BD que l’on retrouve tout au long du film, dans les analepses qui expliquent le pourquoi du comment. Mensonge, pourriture, cupidité, corruption, abus de pouvoir, cruauté, parricide, le tout baignant dans des hectolitres de sang : On n’ira pas jusqu’à suggérer que le rôle-titre pourrait être une métaphore du petit père du peuple…

Du fantastique de haut vol
Le NIFFF n’a pas donné de mention à The Room, (Christian Volckman, France, Belgique, Luxembourg), ce pur thriller fantastique l’aurait mérité. C’est l’histoire de Kate (Olga Kurylenko) et Matt (Kevin Janssens), un jeune couple qui a acquis une grande maison à retaper dans un coin reculé du Maryland. Peu après leur emménagement, le couple découvre une pièce condamnée qui peut exaucer tous leurs désirs, telle la lampe d’Aladin. Le couple amasse des montagnes de billets de banque, de tableaux de maître, de champagne et caviar, même un bébé ! Leur nouvelle vie : un véritable conte de fées ! Mais … on n’a rien sans rien. Kate et Matt vont l’apprendre à leur corps défendant. Contrairement à ce que les dix premières minutes pouvaient laisser craindre (car, évidemment, les anciens propriétaires de la maison sont morts de mort violente !), le film s’avère surprenant d’un bout à l’autre : subissant les effets de la béné-malédiction de la chambre, les deux protagonistes et ce qui leur tient lieu de progéniture se lancent dans une âpre lutte pour survivre. Volckman et ses deux co-scénaristes ont un sens profond du rythme, et multiplient les rebondissements ingénieux et trouvailles esthétiques. L’alchimie entre les deux comédiens convainc et leurs tentatives parfois dérisoires pour pallier à leur damnation nous touchent.

Un thriller politique à peine futuriste

La menace islamique, la radicalisation des jeunes, encore un sujet brûlant. Le Danemark est l’un des pays qui ont fourni le plus gros contingent de combattants à l’Etat islamique et on dit qu’il est un modèle en matière de déradicalisation et de réintégration. Le thriller politique Sons of Denmark / Danmarks sønner (Ulaa Salim, Danemark) est une réflexion (qui se joue en 2025) sur ce qui pourrait se passer avec une politique répressive. Un an après une attaque terroriste à la bombe à Copenhague, le leader du parti « Denmarks Sønner », Martin Nordahl (un Le Pen danois) a toutes les faveurs des Danois. Une coalition de minorités menacées cherche à s’organiser et résister. Un dirigeant musulman prend sous son aile le jeune Zakaria, révolté par l’indifférence et le mépris des Danois, qui veut défendre sa famille, et les droits citoyens acquis. Choisi pour éliminer Martin Nordahl, le jeune homme est entraîné par un « frère » du nom d’Ali. Zakaria et Ali sont des pions entre les mains des meneurs, mais ils l’ignorent. Aucune motivation religieuse ne transparaît chez les groupes adversaires, juste l’envie de se faire une place aux dépens des autres. Les uns sont le miroir des autres, tant par leurs motivations que leurs méthodes et propagande criminelles. Le destin tragique des sous-fifres se joue sur les accents du « Lacrimosa » du Requiem de Mozart. Tout est dit.

Shadow, un mélange de « wuxia » et de film noir fantastique
Le réalisateur chinois Zhang Yimou nous a proposé l’opulent Ying / Shadow qui se déroule lors de la période des 3 Royaumes de Chine (220 à 280 après J.-C.). Cette saga historique et sanglante à grand spectacle évoque le destin des sosies, des « ombres » (souvenez-vous, « Kagemusha » de Kurosawa) dont la mission est de sacrifier leur vie pour que leur maître survive. Pas ou guère de couleurs dans Shadow, on est dans une esthétique de noirs et de gris, ponctuée d’éclats de couleur (pour le sang, la chair et le bois). Les deux royaumes rivaux de Yan et Pei semblent respecter une paix fragile. Mais lorsque le commandant en chef des armées de Pei provoque en duel le souverain de Yan (pour éviter une guerre imminente), il provoque l’ire de son roi. Lequel semble ignorer (mais peut-être pas …) qu’il a affaire à une « ombre ». Le vrai commandant suprême, oncle du roi, prépare dans la clandestinité le renversement du roi. Le duel va se dérouler dans une gigantesque embarcation, entre des parois rocheuses. Dans une mise en scène somptueuse, un radeau géant, sur le pont duquel on reconnaît les symboles du Yin et Yang (Zhang Yimou reste un philosophe), va servir de ring aux deux champions qui vont s’affronter. L’immense embarcation pénètre en territoire ennemi, tel un cheval de Troie, avec dans ses entrailles une armée prête au combat. Les scènes d’action sont stupéfiantes de beauté et d’originalité. Le soin du détail dans les armures des combattants, l’invention dans le concept des armes (lances, dagues, poignards, en passant par des sortes de parapluies constitués de lames tranchantes), la fluidité chorégraphique des combats, tout cela est d’une beauté pharaonique !

Sur 31 films visionnés et appréciés selon divers critères, une vingtaine vous ont été succinctement présentés dans ces pages, parce qu’ils ont un « je ne sais quoi » de plus que les autres. Comme le thriller psychologique Swallow, présenté dans le billet précédent (Prix NIFFF de la critique internationale) et dont se sont par ailleurs gaussés bien des chers critiques cinéphiles du NIFFF. On ne le dira jamais assez : des goûts et des couleurs ! Pour ce qui est des prix attribués, veuillez vous reporter au site officiel du festival, qui vous renseignera précisément et complètement. Les festivaliers semblent se soucier assez peu de la compétition, ce qui compte, c’est leur plaisir. Mais les mentions, statuettes et prix en cash peuvent parfois être jouer un rôle décisif dans une carrière, et on souhaite une envolée couronnée de succès aux nouveaux réalisateurs qui ont été programmés pour notre plus grand plaisir, à nous les festivaliers. Rendez-vous en 2020, pour la vingtième édition !

Suzanne Déglon Scholer

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Au NIFFF (2) : des sueurs froides et une ovation pour un frigo intelligent

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Le Festival du film fantastique de Neuchâtel réserve son quota de sensations fortes. Inscrit dans le trend #MeToo, Feedback (Pedro C. Alonso, Espagne, USA, photo ci-dessus) nous secoue d’un bout à l’autre. Eddie Marsan y incarne magnifiquement l’animateur vedette Jarvis qui se complaît à donner conseils et leçons dans son émission radiophonique nocturne « The Grim Reality » (Réalité sordide).  Le soir où il repartage l’antenne avec un ancien partenaire, les choses vont mal tourner. Deux hommes armés et masqués les contraignent à confesser en direct une histoire peu reluisante qu’ils ont partagée dix ans plus tôt. Les auditeurs n’entendent que les confessions extorquées. Les menaces, mutilations et meurtres se jouent hors antenne. Claustrophobe et terrifiant, ce premier long métrage est un coup de maître du réalisateur espagnol Pedro C. Alonso.

FreaksAutre bijou à nos yeux : Freaks (Zach Lipovsky et Adam B. Stein), un thriller fantastique porté par d’excellents acteurs, en particulier la toute jeune Lexy Kolker (8 ans) qui joue Chloé. L’enfant vit seule avec son père, cloîtrée dans leur maison. Ce papa protecteur, veut l’empêcher de découvrir la vérité sur sa différence et le monde hostile dont il veut la préserver. Freaks sait parfaitement doser ses informations de manière à maintenir le mystère. Le spectateur a la vision subjective de la petite fille à qui l’on cache tout. Elle rêve d’échapper à son enfermement, pour vivre une vie normale. Des reportages télévisés font état d’une réalité dystopique inquiétante, un vieux vendeur de glace cherche à l’attirer au dehors, la mère surgit parfois dans la chambre de l’enfant, les voisins se tiennent à distance. Le suspense et les interrogations perdurent jusqu’à la catharsis finale.

On sait que l’Odyssée d’Homère (épopée grecque) est considérée comme un prototype de thriller, tout comme le Mahabharata (épopée sanskrite) ou encore La Légende de Baahubali (épopée indienne) dont nous avons eu le plaisir de voir les deux volets de la version filmée au NIFFFL’histoire de la création de Rome (753 av. J.-C.) s’inscrit parfaitement dans ce créneau. Un vrai souffle épique imprègne Romulus et Remus (Matteo Rovere), saga italo-belge tournée en décors naturels. L’histoire des légendaires jumeaux Romulus et Remus nous est présentée ici en « proto-latin » (pas de souci, peu de dialogues !). Leur longue marche vers la liberté  est une sorte de road-movie peplumesque mâtiné de « survival ». Porté par de magnifiques acteurs italiens plus qu’impressionnants dans leurs tuniques en haillons qui couvrent très partiellement leur physique avantageux, toujours boueux (en particulier Alessandro Borghi dans le rôle de Remus), Romulus et Remus nous présente les frères bergers adultes. Ils échappent de peu aux eaux déchaînées d’un fleuve en furie, à la férocité d’Alba la Longue, aux dissensions dans leur groupe de rescapés, aux danger multiples de la forêt qu’ils traversent en direction du Tibre. Reconnu chef, Remus croit pouvoir se hisser au-dessus des Dieux et même séduire la Vestale sacrée gardienne du feu qu’ils ont emmenée en otage. Les dieux le puniront de son outrecuidance, c’est ce que lui révèle la vestale : le frère tuera le frère, le survivant sera le fondateur de Rome.

Polar asiatique, The Gangster, the Cop, the Devil (Lee Won-Tae) est une réussite sur un sujet qui évoque le Fritz Lang, M le Maudit. Un tueur en série nocturne sévit à Cheonan, lacérant ses victimes choisies au hasard, chez les honnêtes citoyens comme dans la pègre. Les puissants gangs vont momentanément cesser de s’entretuer, et collaborer avec la police pour traquer le tueur et faire justice (une notion dont ils ont un concept un peu différent…). À relever : la prestation de l’armoire à glace Ma Dong-seok qui joue un parrain du milieu.  Chasse à l’homme (le « diable » du titre), affrontements très musclés et échange des dialogues qui le sont aussi, collecte de preuves par les malandrins pour les condés (ils ont plus de personnel), testostérone à souhait, tout progresse à un rythme soutenu, sans fioritures ni complaisance, et on ne s’ennuie pas une minute.

On vote volontiers pour le thriller psychologique en compétition Swallow (Carlo Mirabella-Davis). On y découvre une jeune femme qui semble avoir tout pour être heureuse, un mari aimant et riche, des beaux-parents aux petits soins, une magnifique maison. Elle souffre pourtant du syndrome de Pica, trouble alimentaire qui lui fait dévorer toutes sortes de choses non comestibles (bille, clou, briquet, bijou, pile, terre, etc.). Soumise et docile, elle a une obsession quasi maladive de plaire et d’être aimée, et s’ennuie ferme dans la maison superbe, ordrée et sans âme, où elle essaie de remplir son rôle de femme potiche au foyer. Ici, on pourrait voir un film féministe : sa maladie et la manière dont elle la gère donne à l’héroïne le sentiment d’avoir pris le contrôle de sa vie et de sa personne, un premier pas vers la liberté. Ce film montre de façon assez originale comment briser le carcan d’apparences un peu trop parfaites.

Yves

Autre perle de la compétition dans un tout autre registre : la comédie rigoureusement écrite sur l’incursion de la domotique dans la vie d’un Français très moyen. Le Français Benoît Forgeard a imaginé d’introduire dans Yves (photo ci-dessus) un prototype de réfrigérateur intelligent qui va totalement simplifier la vie de Jérem, jeune rappeur sans le sou qui squatte la maison de sa grand- mère et cherche l’inspiration. L’ingérence d’Yves va progressivement augmenter : le frigo intervient dans les amours, la sexualité, l’hygiène, tous les aspects de la vie de « son ami » Jérem. Et tout ce qu’il fait, il le fait mieux que Jérem. Non seulement Yves gagne le concours Eurovision, mais il séduit encore la femme que le jeune homme convoite. Plus le film avance, plus les appareils connectés  envahissent l’espace des humains. Sur un ton hilarant qui ne faiblit jamais,  Forgeard parle de l’intrusion des intelligences artificielles dans notre quotidien. Ovationné au NIFFF, le film paraît bien parti pour l’emporter à l’heure du palmarès, samedi.

SkinRien de fantastique dans Skin (Guy Nattiv), un fragment de la véritable histoire d’un suprémaciste blanc, Bryon « Pitbull » Widner, qui entra dans une cellule néo-nazie ultra-violente à 14 ans et y passa 16 ans. La rencontre dans les années 2000 avec une jeune femme, mère de trois enfants, lui ouvrit les yeux. Mais comment quitter ce milieu qui se dit « famille » et qui ne lâche jamais ses « enfants » ? Au péril de sa vie (il est traqué par ses coreligionnaires, et ses tatouages racistes et haineux font de lui son pire ennemi en société) et de celle de la famille, au prix de près de 200 interventions au laser sur une année et demie, des souffrances intolérables et le soutien financier d’un mécène, Widner entame une nouvelle vie, dans une nouvelle peau.  Jamie Bell est prodigieux dans ce rôle de brute raciste qui redécouvre son humanité grâce au sourire d’une fillette blonde, la cadette de la jeune femme qui l’a aidé dans sa reconversion.

Autre lauréat potentiel de la compétition, The Lodge (Veronika Franz & Severin Fiala, UK, USA) se déroule dans une demeure isolée au sein d’un univers glacé et glaçant, cadre idéal pour cette lente descente aux enfers. Une jeune femme et ses deux beaux-enfants hostiles à l’égard de celle qui prétend remplacer leur mère, se retrouvent coincés et isolés dans l’immensité hivernale. Ils sont à des kilomètres de toute civilisation, la neige recouvre des points d’eau recouverts de mince glace, et un beau jour, plus d’électricité, et les affaires personnelles, même et surtout les médicaments de jeune femme, ont disparu. Le sombre passé de la belle-mère, seule survivante du « suicide » collectif de la secte religieuse conduite par son père, refait surface. Les trois personnages sont pris au piège du froid et de la peur. Le fantôme de la mère décédée se venge-t-il ? Une entité maléfique hante-t-elle les lieux, les enfants sont-ils instrumentalisés par elle ? D’où sortent ces voix qui adjurent au repentir ? Angoisse garantie dans ce thriller psychologique qui tient la route et ses promesses jusqu’au bout.

Les Fauves (Vincent Mariette) tente de nous donner le frisson que l’on ressentait à la vision des films noirs et fantastiques de Tourneur (Cat People, The Leopard Man). Il se joue dans un camping, au cœur de l’été.  Un félin tueur hante les lieux, il a déjà fait deux victimes, mais … le fauve n’est peut-être pas celui qu’on croit. Difficile de croire à cette panthère qui aurait élu domicile dans une cave fréquentée par les touristes, ou au sinistre personnage incarné par Laurent Lafitte. Les pérégrinations en tenue courte et répliques marmonnées de Laura (Lily-Rose Depp) nous laissent sur notre faim. Une narration bourrée de fausses pistes qui s’achève très banalement, le soufflé n’est jamais vraiment monté avant de retomber.

On attendait beaucoup des lycanthropes de Werewolf (Adrian Panek), film d’horreur annoncé comme une allégorie de la guerre. Pas de loups-garous, mais des enfants libérés par les Russes de leur baraquement dans le KZ de Gross-Rosen, en février 1945. Leurs sauveurs les parquent dans une demeure perdue au milieu d’une forêt, sans vivres. A l’extérieur, une demi-douzaine de molosses affamés, eux aussi, bloquent les sorties. Singer les méthodes de l’ennemi, parler sa langue, éliminer les plus faibles : c’est survivre. C’est ce qu’a compris l’un d’eux en particulier, (son nez chaussé de lunettes doit souligner son intelligence). On a bizarrement peu d’empathie pour ces personnages qui manquent de substance et qui n’évoluent pas. Ni la photographie, ni le montage maladroit ne réussissent à provoquer l’horreur qui transparaît parfois dans la bande-son.

x-the-exploited-poster-bifff2019-720x1024Dans X.-The Exploited (Károly Ujj Mészáros), on reste un peu sur sa faim. Eva, officier de police dont le mari s’est suicidé, criblée de dettes et mère d’une fille rebelle, ne peut convaincre ses supérieurs qu’un tueur en série sévit à Budapest. À cause de ses problèmes personnels, elle a perdu toute crédibilité auprès de ses supérieurs et collègues. De surcroît, elle est saisie de crises de panique dès qu’elle approche une scène de crime. Ses déductions, elle les tire après examen de photos. Mais elle tient bon, surmonte ses phobies, progresse dans sa découverte d’une vaste affaire de collusion, conspiration et corruption, et se plonge dans une spirale dangereuse qui menace sa vie privée.  Le réalisateur fait un usage récurrent des visions « drone » de Budapest, projetées sens dessus-dessous, pour souligner sans doute le chaos social et politico-économique. Processus qui n’apporte pas grand-chose à cette dénonciation du système par ailleurs assez bien ficelée.

Riot Girls (Jovanka Vukovicz) se joue dans une réalité dystopique, peut-être les années 1990, dans une société où il n’y a plus d’adultes. Les jeunes sont divisés entre deux populations et l’histoire pourrait se résumer à une sorte de « « West Side-East Side Story : du côté ouest, les riches, société hiérarchisée dominée par de jeunes gars dont le blouson bleu et jaune rembourré suggère celui des équipes sportives universitaires ou éventuellement les tenues des superhéros (ils se nomment d’ailleurs les Titans). En face d’eux, une société mixte, tant par la race que les orientations sexuelles, sans uniforme, plus démocratique.  Les deux mondes s’affrontent pour s’emparer de la totalité des ressources. On s’attendait à ce que les « riot girls » en décousent sur le mode tarantinesque. De ces combats pour le survival, on ne voit rien ou presque. Dommage.

Deux films « latinos » n’ont pas tenu leurs promesses : Morto Não Falo (Dennison Ramalho, Brésil, 2018), dans lequel un employé de la morgue peut communiquer avec les cadavres, commence bien, jusqu’au moment où  le thanatopracteur-medium se sert des informations de ses « patients » pour régler ses comptes personnels. On se retrouve alors dans un film de possession abracadabrantesque complètement dépourvu de l’humour initial. Quant à 7 raons per fugir / 7 reasons to run away (from society) (Gerard Quinto, Esteve Soler et David Torras) pour lequel trois auteurs ont œuvré, le film balaie large, veut trop dénoncer, et se résume en une logorrhée qu’il est difficile de suivre, surtout en fin de soirée. Les dérives de notre société y sont dénoncées : indifférence, ignorance, esclavage moderne, égoïsme, fin des valeurs sacrées (mariage, famille), etc. Le film dure 75 minutes qui en paraissent le double. Cela manque presque totalement d’humour, trait essentiel pour une forme de Charlie-Hebdo à l’écran.

Suzanne Déglon Scholer

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Au NIFFF, le fantastique comme arme de résistance

Ce n’est pas forcément dans des mondes imaginaires que nous projettent les films montrés au 19e Neuchâtel Fantastic Film Festival (NIFFF). Ils nous ramènent parfois à des réalités bien familières. Mais il suffit d’un rien, d’un accident de la vie, d’une affirmation étrange, d’un tremblement du réel, pour que l’on bascule dans le fantastique.

Prenez Georges (Jean Dujardin), le héros du nouveau film de Quentin Dupieux (LE DAIM, en salles ce mercredi 10 juillet). Quand on le découvre au volant de sa voiture, avec son costume de velours côtelé, il n’a rien d’inquiétant. Mais il suffit qu’il revête un blouson à franges pour changer de personnalité, par touches progressives. Comme il a reçu une petite caméra vidéo en bonus, Georges se déclare « cinéaste ». Et ce petit mensonge contribue à rendre le film très savoureux. Comme tous les récits qui reposent sur une imposture. Jusqu’où Georges va-t-il duper son monde ? Va-t-il se trahir ? A l’heure où chacun (se) filme, mal ou bien, en mode vertical ou horizontal, LE DAIM s’émerveille de cet acte qui transforme notre rapport au réel : les images, même imparfaites, sont aussitôt fétichisées dans notre regard et notre souvenir. Même celui qui n’a aucune prétention artistique peut prétendre à l’exclusivité de ce qu’il a mis en boîte. Comme par hasard, c’est justement cette prétention de Georges à l’exclusivité qui se révélera mortifère.

On attendait beaucoup (sans doute trop) du premier long métrage de fiction de Blaise Harrison, LES PARTICULES (photo ci-contre), après ses remarquables documentaires (L’HARMONIE, ARMAND, 15 ANS, l’ÉTÉ…). Que le réalisateur ait rappelé dans les interviews parues cette semaine qu’il n’a pas obtenu son bac donne au film un éclairage particulier. Car les jeunes lycéens qu’il suit dans la campagne hivernale du pays de Gex semblent tous programmés pour l’insuccès scolaire. Plus précisément : en attente d’autre chose que le bac. Quelque chose qui les mettrait en mouvement autrement que le bus scolaire, le rap dans les squats ou les champignons hallucinogènes. Avec des comédiens amateurs, Harrison parvient à construire des esquisses de personnages typiques de l’âge ingrat, vrais dans leur indécision et fiers de ne pas ressembler à des modèles, mais assez décourageants dans leur inappétence pour quoi que ce soit. Sous leur pas, l’accélérateur de particules du CERN cherche à percer le secret de la matière dans l’infiniment petit. Le cinéaste semble parfois faire pareil avec sa démarche antispectaculaire : traquer dans un geste minuscule, un regard timide, un échange banal, la quête de ces jeunes vers quelque chose de grand, qui les dépasserait et qui donnerait à leur vie un élan et une signification.

Prix du jury à Cannes (ex-aequo avec LES MISERABLES de Ladj Ly), BACURAU tient ses promesses. Comme pressenti, ce film brésilien signé Kleber Mendonça Filho et Juliano Dornelles se pose en grand film paranoïaque, en récit de résistance à tout ce que représente la présidence de Jair Bolsonaro. A commencer par mettre en avant la force de la culture. Au générique de fin, il est souligné que le film a généré près de 800 emplois directs ou indirects. Après une merveilleuse séquence inaugurale, qui relie le cosmos aux terres ingrates et arides du Pernambuco, les cinéastes mettent en place une fiction qui renvoie à tous les récits de villages assiégés (à commencer par « LES SEPT SAMOURAÏS »).

La force du film réside dans sa capacité à bâtir une fable fantastique sur l’éradication d’un monde, en l’infusant constamment avec des éléments documentaires crédibles (les irruptions d’un élu local en campagne, les trafics pour s’approprier l’eau, le racisme subtil dont sont aussi victimes les Brésiliens les plus clairs de peau…). La menace qui pèse sur les habitants de Bacurau est à la fois abstraite, inexpliquée et brutalement concrète. La scène la plus cocasse du film voit un mercenaire armé hésiter à entrer dans le musée local. Il y trouvera la mort… Pourtant, le film ne postule pas jusqu’au bout que la culture peut venir à bout de l’ignorance. Il s’abandonne avec les plus résolus de ses protagonistes à une éruption finale de sauvagerie, qui s’apparente davantage à la loi du Talion qu’à la résolution non-violente des conflits. Cette rage dit sans doute quelque chose de l’état d’esprit actuel des opposants à Bolsonaro.

Christian Georges

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KID-O-NIFFF / Une animation de légende

KidONifff

C’est une tradition qui s’installe : en pré-ouverture du Neuchâtel Fantastic Film Festival, les classes qui ont participé aux ateliers de création de courts métrages d’animation présentent le fruit de leur travail. Vendredi au cinéma des Arcades, 18 films étaient présentés sur grand écran, à l’enseigne du thème « Contes et légendes ». Onze classes et près de 150 élèves avaient mis la main à la pâte. Les films sont à voir en ligne, assortis d’un éclairant « making of » sur cette page.

Comme le relevait le chef du Service de l’enseignement, Jean-Claude Marguet, cette activité s’inscrit pleinement dans les visées du Plan d’études romand. Elle mobilise un vaste éventail de compétences. Il faut en effet écrire le scénario et les dialogues du film, en dessiner le story board, créer figurines et décors, maîtriser la prise de vues, un logiciel d’animation et de montage, sonoriser son récit. Un travail d’équipe qui stimule la collaboration et favorise surtout l’esprit critique. Puisque les élèves sont les premiers spectateurs de leur travail, dont les qualités et défauts sont amplifiés par la projection sur grand écran.

A voir les films projetés dans le programme Kid-O-NIFFF 2019, il faut saluer l’intelligence dont ont su faire preuve les enseignantes et enseignants : plutôt que d’illustrer des classiques rebattus, plusieurs ont déployé l’imaginaire des enfants et des adolescents en leur faisant visiter les expositions des musées de la région. L’occasion de s’intéresser par exemple à la fabrication des « indiennes » ou aux parures de tribus sud-américaines.

Cette 3e édition, par sa qualité et son écho public, ne devrait pas rester sans suite. Une réussite à mettre au crédit de la dynamique Lilo Wullschleger, cheville ouvrière d’Anima’Film, et de toute l’équipe de l’OISO (Office de l’informatique scolaire et de l’organisation). (C. G.)

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Avec le NIFFF, le cinéma fantastique promet de faire frissonner Neuchâtel

Du 5 au 13 juillet, la 19e édition du Neuchâtel International Fantastic Film Festival (NIFFF) ne propose pas qu’une compétition internationale de longs métrages. Les diverses strates du cinéma fantastique se déclinent notamment dans des sections baptisées « New Cinema from Asia », « Ultra Movies », « Films of the Third Kind ». Consacrée au nouveau cinéma danois, la section « Danes do it better » promet elle aussi des frissons bienvenus (si la canicule perdure). Cette édition permettra de découvrir, entre autres, les derniers films de Takashi Miike (en sa présence) et Zhang Yimou.

Le film d’ouverture, Le Daim (Quentin Dupieux, 2019), se pose en « comédie absurde » et narre le parcours d’une veste trop courte, à trop longues franges, avec un homme obsédé par le daim (Jean Dujardin, présent pour l’occasion).  En compétition, Yves (Benoît Forgeard, 2019), se glisse dans la même catégorie de l’humour absurde : l’entité principale est un réfrigérateur qui donne son nom au titre. Dans les deux cas, veste et frigo conversent avec les humains, ce qui ne surprend qu’à moitié à l’ère des objets connectés et des machines parlantes. Parmi les premiers spectateurs qui ont vu ces films, à Cannes, certains sont ressortis affligés et morts d’ennui, d’autres se sont lancés dans l’interminables exégèses explicitant tous les ressorts de la satire sociale caustique. Le NIFFF permettra de choisir son camp.

De tels ovnis ne sont pas tout à fait nouveaux : dans L’uomo dei cinque palloni (Marco Ferreri, 1965), Christine (John Carpenter, 1983), I Love You (Marco Ferreri, 1986), Her (Spike Jones, 2013), un homme entretient un rapport quasi fusionnel, qui avec ses ballons, qui avec sa voiture, son porte-clé, ou encore son ordinateur. Sans oublier le pneu-tueur solitaire, héros de Rubber commis par Quentin Dupieux en 2010.

Le film de clôture, Vivarium (Lorcan Finnegan, 2019), semble, quant à lui, s’inscrire parfaitement dans la logique des choix du NIFFF, lui que Jules Chambry qualifie de « film où l’irrationnel, le fantastique, l’absurde, ou encore la folie se mêlent » (www.lemagducine.fr). On ne rigolera peut-être pas du sort de ce jeune couple (Imogen Poots et Jesse Eisenberg) à la recherche de la maison de ses rêves, soudainement pris au piège dans un dédale conçu comme un vivarium.

Le NIFFF propose aussi débats, tous avec un intitulé anglais et généralement animés en anglais : New World of Fantasy, Gamification & Serious Games Symposium, et bien sûr le traditionnel symposium « Imagine the Future », qui existe depuis 15 ans et s’est imposé comme un laboratoire d’idées et de présentation des nouvelles technologies de l’image.

Même si le festival ne se réduit pas à cela, une partie du programme reste une « ode » à l’esthétique gore : à grand renfort de coulées et jets de sang, d’entrailles, de découpes humaines et animales, ces films rivalisent de réalisme (ou d’excès), avec des scènes explicites qui visent à inspirer le dégoût, la peur peut-être, mais aussi parfois le rire et le divertissement.  Comme par exemple la comédie d’horreur suisse « Das Höllentor von Zürich » (Cyril Oberholzer, 2018), portée par Shia LaBeouf et Lara Stoll, dont la main reste coincée dans la bonde d’une baignoire ! (photo)  Mais on nous promet également des films de fantômes, de maisons maudites, de troubles alimentaires, de skins repentis, de luttes et manigances politiques, de trafics d’organes…

Réparti dans 4 salles (et une place pour l’Open air en soirée), le NIFFF 2019 annonce 150 films et une foule d’événements et rencontres à des tarifs tout à fait raisonnables, puisque le Festival Pass ne coûte que 170 CHF.

 Suzanne Déglon Scholer

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Festival de Fribourg 2019 : des claques et des claquettes

La 33ème édition du FIFF, désormais présidé par Mathieu Fleury, ancien secrétaire général de la Fédération romande des consommateurs (parcours de bon augure !) a mis l’accent, une fois de plus, sur les thèmes qui lui sont chers :  barrières sociales, statut de la femme, racisme, maltraitance.  Mais le festival s’est ouvert et achevé avec le sourire. D’abord grâce à la comédie romantique fantastique chinoise How long will I love U / Chao Shi Kong Tong Ju (2018) du Chinois Su Lun (dans lequel un homme et une femme vivant dans le même appartement, mais à vingt ans d’écart, se réveillent un jour dans le même lit : le temps s’est mélangé les pinceaux !) . La manifestation a pris fin avec une romance philippine d’Irène Emma Villamor, Meet me in St. Gallen. Longtemps après une folle nuit sans lendemain, des amants se retrouvent à St-Gall sous la neige.

Nous n’avons pas eu l’occasion de voir le troisième long métrage de l’Uruguayen Álvaro Brechner  Compañeros – La Noche de 12 Años, qui a reçu le Prix du Public, le Prix Spécial du Jury ainsi que le Prix du Jury œcuménique. Ce n’est que partie remise : ce film racontant le calvaire de trois Tupamaros mis à l’isolement en 1973 par la dictature militaire a été acheté par le distributeur Trigon et il sortira fin mars en Suisse romande.

Coup de chapeau à l’équipe de programmation de Fribourg pour ses efforts en matière de parité : cinq femmes (sur douze cinéastes) proposaient leurs films dans la compétition internationale, parmi lesquelles la jeune réalisatrice afghane Sahra Mani, auteure d’un prégnant documentaire sur la justice afghane face au viol et l’inceste : A Thousand Girls like Me (lire la fiche pédagogique e-media).

Deux coups de cœur, tout d’abord pour le très classique et splendide The Third Wife (2018) de la Vietnamienne Ash Mayfair (photo ci-dessus), qui raconte le lent réveil de la révolte d’une adolescente mariée à 14 ans à un riche propriétaire terrien lequel veut absolument un fils, dans le Vietnam rural du XIXème siècle. La photo est magnifique, couleurs et textures des matières sont sensuellement éclairées, le cadre peut paraître idyllique, mais il est parsemé d’embûches et d’injustices. Il y a là un récit, une atmosphère et un délicat travail de caméra qui rappellent le splendide Epouses et Concubines de Zhang Yimou (1991). Le film a obtenu le Prix du Jury des Jeunes COMUNDO.

Dans un registre différent, rendant hommage au Swing Kids (1993) de Thomas Carter (qui raconte comment la Swingjugend allemande défiait les autorités nazies par le biais de la musique), Swing Kids / Seuwingkizeu (2018) du Sud-Coréen Hyeong-Cheol Kang est basé sur le spectacle musical Rho Ki-soo, énorme succès au box-office sud-coréen (photo ci-dessous). Porté par la star noire américaine du hip-hop, street jazz et claquettes Jared Grimes, et les prestations de ses quatre partenaires (qui, avec seulement six mois de pratique intensive de claquettes, s’en tirent remarquablement), ce film raconte la mise sur pied, pendant la Guerre de Corée en 1950, d’un spectacle dans le camp de prisonniers (nord-coréens) de Geoje, administré par l’armée américaine. La musique rapproche et unit, en dépit des barrières de langage et de doctrines. Mais un espion infiltré de Kim Il-Sung va dangereusement compromettre le projet. Au passage, beaucoup de thèmes sont évoqués : les effets funestes des idéologies, le manque de clairvoyance des autorités militaires, la subordination des femmes, le racisme…  Les artisans les plus actifs de l’incompréhension sont les traduttore, traditore nord-coréens, qui attisent à dessein les haines. On retrouve des accents de la grande comédie musicale hollywoodienne dans cette frénésie rythmée et désespérée qui nous tient en haleine jusqu’au bout. Et ne vous leurrez pas, ce n’est pas un « feelgood movie » …

The Looming Storm / Une pluie sans fin / Bao Xue Jiang Zhi, du Chinois Yue Dong, est un thriller qui se déroule en Chine, peu avant la rétrocession de Hong Kong à icelle en 1997. Un chef de sécurité d’une vieille usine étatique, mis à pied, entame une enquête obsessionnelle sur un tueur qui s’en prend à de jeunes femmes. Il n’est pas Sherlock Holmes, et ses déductions l’induisent en grave erreur. Le film s’achève sur un bilan amer en 2008, sous la neige, phénomène rarissime dans cette région, reflet des effets délétères de la tempête sociale de la décennie écoulée. Beaucoup d’effets métaphoriques, beaucoup de questions sans réponse, un climat glauque, un environnement décrépit sous une pluie persistante, autant de choix d’un metteur en scène qui a voulu dépeindre cette fin d’époque.

Le Jour où j’ai perdu mon ombre / Yom Adaatou Zouli (2018), de la Syrienne Soudade Kaadan, est un premier film qui a obtenu le Lion du futur – Luigi de Laurentiis à la Mostra de Venise en 2017. Pas de discours politique, mais l’aperçu du quotidien d’une mère à Damas, dans une Syrie dont les conflits ne cessent de décimer la population, où tout manque, vivres, eau, électricité, gaz, essence…  En quête d’une bonbonne de gaz pour faire un repas chaud à son petit garçon qu’elle a laissé seul, une jeune mère peine à regagner leur logis.  Ce road movie truffé de longueurs, avec une narration sans relief, souligne involontairement le caractère fauché et artificiel de la mise en scène. Une bonne partie du budget a dû passer dans les effets spéciaux, l’effaçage des ombres dont la disparition souligne le traumatisme subi par les individus.

Quant à Jinpa / Zhuang si le yi zhi yang (2018), du Chinois d’origine tibétaine Pema Tseden, c’est un road movie lent, contemplatif, une errance dans les plateaux désertiques du Kekexili, aux côtés d’un routier, Jinpa, qui prend à bord un marcheur, nommé aussi Jinpa, et qui écrase involontairement un mouton. À grand renfort d’alternance noir-blanc, sépia ou couleurs dans la photo, de répétition de scènes et de dialogues, de la sempiternelle mantra bouddhique de la compassion « Om mani padme hum », on suit le parcours d’un Jinpa qui veut sauver l’âme du mouton décédé et de l’autre Jinpa qui est venu, lui, tuer un homme, venger son père, et qui se rend compte qu’il s’est trompé. Vengeance, pardon, rédemption, de grands sujets…

S’il avait été en compétition internationale, El Hombre que cuida / Le Gardien, première réalisation du scénariste dominicain Alejandro Andújar, aurait mérité les honneurs du palmarès. Mais, petit joyau d’une cinématographie méconnue, il s’est retrouvé dans la section « Nouveau territoire ». Il se construit autour des clivages sociaux et de l’absurdité qui en découle pour des pauvres employés de riches, avec de grandes responsabilités, mais aucun droit. Les inégalités sociales sont d’autant plus criantes que le paysage est tout simplement splendide. Les cinq principaux personnages sont étoffés, leurs circonstances évoquées sans effets ni fioritures, et un cadre social très hiérarchisé et aliénant se dessine.

Dans la section « Décryptage », qui projette des films traitant de questions sociétales, politiques ou culturelles, nous avons revu Scarecrow / L’Epouvantail (USA, 1973) de Jerry Schatzberg, Mandingo (USA, 1975) de Richard Fleischer, Rue Cases-Nègres (France, 1983) de la trop rare Euzhan Palcy et découvert le splendide Belle (UK, 2013) d’Amma Assante. Est-il besoin de rappeler, dans Scarecrow, l’improbable amitié entre Francis, incarné par un tout jeune Pacino, falot, meurtri par la vie, débordant de gentillesse, toujours prêt à calmer le jeu par le rire et Max (Gene Hackman), imposant et colérique, toujours prêt à cogner ? Deux vagabonds, deux marginaux en quête de ce qui pourrait être leur rédemption : une place dans la société qui les a oubliés.

Mandingo brosse le portrait de la société esclavagiste blanche dans les états du Sud au XIXème siècle, avec son lot de brutalités et d’exactions exercées sur le bétail humain que sont les esclaves noirs. Rue Cases-Nègres raconte le quotidien, dans les années 1930 en Martinique, d’un enfant noir intelligent et brillant élève. Sa grand-mère (incarnée par Darling Legitimus, grand-mère de l’acteur Pascal Legitimus) et ses maîtres l’encouragent aux études qui, sur le papier, lui sont accessibles. Mais dans les faits, la pauvreté renvoie le jeune Noir dans les cordes. Quant à Belle, réalisé par une Britannique d’origine ghanéenne, il expose le sort de Dido Belle, fille illégitime métisse d’un capitaine de la Royal Navy, que son père confie à sa famille aristocrate. Belle reçoit une excellente éducation, hérite d’une jolie fortune, mais un obstacle demeure : la couleur de sa peau. Elle joindra les forces avec un jeune avocat idéaliste pour lutter contre l’esclavage, sur lequel repose, malheureusement, l’économie de l’Empire. Un magnifique et émouvant film en costumes, porté par une brillante distribution (Gugu Mbatha-Raw, Tom Wilkinson, Emily Watson, Miranda Richardson).

La section des « films de minuit » a permis de découvrir The Witch, Part 1, The Subversion (2018) de Park Hoon-jung, 1er volet d’une trilogie. Dans ce thriller horrifique sud-coréen, une fillette s’échappe d’un laboratoire où elle a été l’objet de modifications génétiques visant à faire d’elle une combattante invincible et létale, comme d’autres enfants d’ailleurs. Elle est recueillie et cachée par un vieux couple sans enfant, oublie son passé, jusqu’au jour où ses pouvoirs télékinétiques se révèlent accidentellement au grand jour. Elle est alors prise en chasse par une demi-douzaine d’autres jeunes, ses semblables, et un combat à mort s’engage. Que nous réserve le prochain épisode ? Le final semble annoncer la gémellité (ou le clonage ?) de personnages décédés et toujours autant de scènes de castagne brillamment chorégraphiées …  Le trio vitaminé Thierry Jobin, Marc Maeder et Jean-Philippe Bernard semble décidé à offrir l’intégrale de la trilogie à son public.

Programmé autrefois au FIFF, The Raid / Serbuan Maut (2011) était un thriller indonésien de Gareth Evans dans lequel un corps de police d’élite attaquait un immeuble-tour devenu la forteresse d’un caïd de la drogue. Buybust (2018), du Philippin Erik Matti, reprend le même concept, mais à l’horizontale : c’est un bidonville de Manille qu’infiltre une escouade policière d’élite, composée de gros bras mais aussi de protagonistes féminines, dont l’une, Manigan, est une véritable machine de guerre. La descente de police tourne mal, Manigan suspectait à raison des traîtres dans les hauts rangs de la police. Dans un taudis labyrinthique et claustrophobe, sombre et glauque, sous une pluie battante, les policiers sont pris en tenailles par les habitants du bidonville et par l’armée d’hommes de main de Biggie Chen, le caïd local. Des hordes de marginaux traquent les policiers, pour venger leurs morts, se mettant ainsi du côté des dealers. La lutte pour la survie est âpre et sanglante.  Sulfatage, corps à corps, électrocution, objet contondant, tout est bon pour éliminer l’adversaire. Filmé en caméra portée, au son des crépitements des armes à feu, truffé de scènes de combat incompréhensibles, parce que souvent non filmées en continu, le film avance à l’aune des cadavres. Une vraie hécatombe, dans un plan vu d’avion. On en voit au moins 300, tandis qu’à la radio, on vante la politique antidrogue du gouvernement et on avance le chiffre de 13 victimes ! Un film typique de minuit au FIFF, projeté devant une salle pleine !

L’édition 2019 a confirmé la formule gagnante de 2018 : moins de films (105, en provenance d’une soixantaine de pays), des projections massivement fréquentées (plus de 40’000 entrées), un bilan financier positif. À relever que cinq réalisatrices figurent au palmarès du FIFF (détails ici : https://www.fiff.ch/fr/le-palmares-du-fiff-2019 ). Parité en bonne voie. La 34e édition se tiendra du 20 au 28 mars 2010.

Suzanne Déglon Scholer

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2e Rencontres 7e art Lausanne – A la rencontre de Joel Coen, Jean-Jacques Annaud et Matt Dillon

A l’ECAL la semaine dernière, la rencontre entre Lionel Baier et Joel Coen, (sans son cadet Ethan, mais accompagné du chef-opérateur français Bruno Delbonnel qui a travaillé sur trois films des frères), s’est déroulée face à un public tellement nombreux qu’une retransmission dans une deuxième salle a dû être improvisée. L’excellente interprète d’origine iranienne Massoumeh Lahidji faisait le lien.

À l’inévitable question sur leurs sources d’inspiration : Joel répond qu’ils n’ont aucune peine à se mettre d’accord sur un sujet et adorent les citations, références et clins d’œil : par exemple, dans Hail Caesar, le ballet aquatique en hommage à Busby Berkeley (scène tournée dans la piscine de la MGM où Esther Williams et des centaines de naïades se sont produites). Lionel Baier se risque à un parallèle entre John Ford et les Coen, après un court extrait de Two Rode Together (1961, Les deux cavaliers, John Ford) : small talk entre James Stewart et Richard Widmark, passage calme qui est une sorte de respiration entre deux scènes d’action. Joel Coen remercie de la comparaison, tout en avouant que dans son jeune âge, il n’aimait ni John Ford, ni son acteur-fétiche John Wayne. C’est plus tard qu’il a découvert chez Wayne une grâce physique, une grâce de danseur, qu’ils aiment à trouver chez leurs interprètes. Les Coen ont une sorte de « famille » d’acteurs et de compositeurs. Ils choisissent avec un soin méticuleux les musiques (celles de Carter Burwell et T-Bone Burnett en particulier), mais il leur est arrivé de faire un film SANS musique (No Country for Old Men, 2008), un choix qui s’est imposé mais que Joel Coen n’explique pas à son auditoire. Les suggestions du chef-opérateur sont prises en considération et les Coen ont une prédilection pour les courtes focales (27 mm), ajoute Delbonnel.

Ce 18ème film des Coen, The Ballad of Buster Scruggs, est un film à sketches produit par Netflix, une sorte d’anthologie du western déclinant les mythes et clichés du genre, sur des musiques empruntées au patrimoine populaire. Les six histoires balancent entre l’élégiaque et le crépusculaire.

La première reprend le mythe du cowboy chantant (Tim Blake Nelson), redoutable gâchette, tout de blanc vêtu,  qui trouve son  challenger dans le « Kid », cavalier chantant tout de noir vêtu ! Dans la 2ème histoire, un pilleur de banque malchanceux (James Franco) échappe un certain temps aux attaques des Indiens et des Blancs, avant de sourire à une jolie fille depuis le gibet. Dans Meal Ticket, Liam Neeson incarne un montreur de monstre, en l’occurrence un manchot-cul-de-jatte (Harry Melling) qui récite de longs extraits de Shelley et du discours de Gettysburg face à un public toujours plus ténu. La haute littérature n’est pas « fun », les gens lui préfèrent une poule savante !

Dans le 4ème épisode (All Gold Canyon, d’après Jack London), un orpailleur chantant (Tom Waits) vient cribler de trous une nature idyllique et sauvage, invoquant « Mr Pocket » pour l’aider à trouver LE filon. Le 5ème chapitre, The Girl Who Got Rattled, raconte le tragique destin d’Alice, en route vers l’Oregon et vers un improbable mariage. Un vrai souffle de western passe dans cet épisode, le plus long des six. Quant au dernier sketch (The Mortal Remains), il se déroule dans une diligence où deux chasseurs de primes (Brendan Gleeson chantant l’agonie d’un homme atteint de syphilis et Jonjo O’Neill racontant son plaisir à voir ses victimes souffrir et mourir) font la conversation aux autres voyageurs, sans faire l’unanimité. Personne ne meurt dans ce conte noir, mais peut-être sont-ils déjà morts ? On ne voit pas tout de suite la cohérence dans ce film-patchwork. Et pourtant, elle y est. Il faudrait revoir The Ballad of Buster Scruggs pour mieux décortiquer cette démystification du patrimoine socio-culturel de l’Amérique.

Jean-Jacques Annaud (13 films – généralement excellents – en 42 ans de carrière)  a aussi eu le privilège de s’adresser au public de l’ECAL. Il épargne à Lionel Baier la peine de le présenter en évoquant une banderole  affichée à la FEMIS (Ecole nationale supérieure des métiers de l’image et du son) où il était invité à parler aux élèves, probablement dans les années 1990 : « Annaud = Succès = Danger ! » Alors immédiatement hué par les étudiants, il s’est éclipsé tant bien que mal et n’a plus donné de masterclass jusqu’en 2018. Il lui semble qu’il n’est plus indispensable de rencontrer des échecs pour être approuvé, la consommation audiovisuelle a changé, le monde aussi. De nos jours, les films doivent avoir un succès immédiat, dans le monde entier, le premier jour. Ou alors une épée de Damoclès tombe et étouffe dans l’œuf les films sortis au mauvais moment…

Le cinéaste assure effectuer  un travail de préparation en amont long et minutieux : pour garder une vision scientifique et historique, Annaud dit acheter et lire quelque 300 livres par film, afin de s’instruire et de bien enraciner son film dans une réalité. Pas étonnant qu’il laisse souvent s’écouler deux à quatre ans entre deux réalisations !

Il avoue s’être fait une réputation de réalisateur « exigeant et chiant ». Dans L’Amant (1992), il voulait que les effets de la chaleur se voient à l’écran. Il a eu besoin d’un gros budget « humidité », faisant mouiller et chauffer les décors. Ses interprètes n’ont pas immédiatement apprécié ! Pour le même film, il voulait une scène d’amour torride sur le carrelage entre Jane March et Tony Leung. Elle fut tournée, mais l’image était floue. Pour une 2ème prise, il fallut attendre un mois, le temps que les ecchymoses de la comédienne disparaissent. La prise suivante était parfaitement nette. Mais dans le film, c’est la prise floue qu’on voit, plus sensuelle, en adéquation avec le sens de la scène. Quitte à fâcher la comédienne !

En règle générale, Annaud ne répète pas « à blanc », il filme directement les répétitions à 5 caméras et enchaîne, ce qui est parfois « flippant » pour ses acteurs. C’est rendu possible par le travail effectué en amont, la collaboration avec le compositeur, le choix des angles de prises de vue, les prévisions de découpage. Tout en étant conscient que le décor, les mouvements des personnages et de caméra peuvent être altérés par des circonstances imprévues et qu’il faut alors rapidement s’adapter, tourner les imprévus à son avantage, être parfaitement réactif et faire d’un inconvénient un avantage. Belle leçon d’attitude positive. Le réalisateur se fait une joie de rappeler que le travail un amont peut avoir un caractère peu banal : avec Anthony Burgess, pour La Guerre du Feu (1981), il s’est attelé à la création d’une langue de 300 mots environ. Encore une occasion d’enrichir sa bibliothèque de dictionnaires de toutes sortes. Et de nous imiter les essais de sonorités, gutturales de préférence, qu’ils ont pratiquées à haute voix avant de sélectionner la meilleure.

Faut-il lire un message dans ses films ? Oui, c’est sous-entendu dans des productions telles que La Guerre du Feu (1981), hommage à l’homme primitif, ou L’Ours (1988), Le Dernier Loup (2015), hymnes à la nature sauvage. Pour ce dernier, il a adoré tourner avec des Chinois en Chine : il y a trouvé un très bon climat sur le tournage ; beaucoup de techniciens avaient fait des mémoires sur un de ses films ; il était en outre secondé de sa scripte et épouse, Laurence Duval Annaud et de collaborateurs réguliers. Lionel Baier le lance sur The Name of the Rose (1986), où Annaud a mis tout son charme et son don de persuasion pour convaincre Umberto Eco qu’il était le réalisateur de la situation. Et que Sean Connery était le William de Baskerville idéal ! Tourné dans l’Abbaye cistercienne d’Eberbach (Allemagne) et dans des décors pharaoniques construits à Cinecitta, le film est un thriller médiéval, une enquête menée par un moine franciscain sur des morts barbares dans un monastère bénédictin. Formant un tandem à la Sherlock Holmes et Watson, Baskerville et le jeune novice Adso (Christian Slater) pratiquent une méthode cartésienne, rationnelle, basée sur l’observation. Ils suscitent peur et méfiance chez les moines superstitieux et frustrés, à la botte de l’Inquisition. Contre des représentants de l’Eglise qui ont oublié tout devoir de charité et se faisandent tout en défendant leurs privilèges, que peut un Baskerville ? Connery domine de son imposante silhouette cette charge puissante contre l’Eglise.

On ne dissimulera pas notre plaisir d’avoir  rencontré un autre invité de marque à Lausanne. Matt Dillon (né en 1964) a joué dans cinq films avant de percer grâce à Francis Ford Coppola dans Outsiders et Rumble Fish, tous deux sortis en 1983. C’est Drugstore Cowboy (1989) de Gus Van Sant qui a été montré à la soirée de clôture. Ce même jour, on a pu (re)voir Factotum (2005) de Bent Hamer avant de rencontrer Dillon en chair et en os. Son personnage principal, Hank Chinaski, est un alter ego de Charles Bukowski, écrivain américain d’origine allemande. Dillon incarne un être auto-destructeur, incapable de se plier à la moindre discipline, qui enchaîne les petits boulots et les liaisons, sans y prendre vraiment goût. Il n’est bon qu’au lit et affirme que les bons amants sont ceux qui n’ont rien d’autre à faire. Il se dit écrivain, gribouille constamment sur des feuilles, envoie ses essais à des éditeurs… et n’est jamais publié. Loser débraillé, bordélique, asocial et irrévérencieux, toujours en train de boire et fumer, il est « trash & destroy » en bon français ! Dillon a aimé ce rôle, parce qu’il avait lu tout Bukowski dont il aimait le non-respect des conventions.

Ado, Matt Dillon était mauvais élève, mais lecteur assidu. Il a trouvé néanmoins le temps de suivre quelques cours de Lee Strasberg à l’Actors Studio à la fin des années 1970. Très à l’aise dans les rôles de mauvais garçon, et certes flatté par l’appellation « new James Dean » que les Européens, plus que les Américains, lui ont collée, il s’est reconnu dans les histoires de Suzanne Eloise Hinton, auteure de The Outsiders (1967) et de Rumble Fish (1975), devenue une amie.

Mais il n’a pas joué que des rôles de petite frappe. Il s’est laissé tenter par la comédie, grâce à Garry Marshall qui l’a engagé pour The Flamingo Kid (1984) après avoir vu un téléfilm dans lequel Dillon s’essayait au registre comique : The Great American Fourth of July and Other Disasters (1982). Sa plus célèbre prestation comique est sans doute dans There Is Something about Mary (1998, des frères Farrelly). Il conclut la digression sur le comique dans sa carrière avec une citation « Shakespeare :  “Many a true word hath been spoken in jest” » (« Bien des vérités peuvent être exprimées en plaisantant »).

Dillon est passé en 2002 derrière la caméra pour City of Ghosts (2002). Il a pu diriger James Caan, Stellan Skarsgård et Gérard Depardieu !  Il est assez fier de ce film dont la distribution a été plutôt confidentielle. Il n’en dit pas plus, sinon qu’il a depuis lors beaucoup plus d’empathie pour les réalisateurs !  Il travaille en ce moment à un documentaire sur le musicien cubain Francisco Feove, un scat singer de 77 ans qu’il admire beaucoup.

Le comédien se sent surtout l’obligé de son impresario, Vic Ramos, qui l’avait encouragé à découvrir les films de répertoire (surtout européens) projetés en double programme dans une salle d’art et d’essai à New York. C’est peut-être là qu’il a pu découvrir Bruno Ganz dans Schwarz und Weiss wie Tage und Nächte (1978, Wolfgang Petersen). Il parle avec émotion du comédien magnifique et de l’homme généreux et plein d’empathie. Il est très fier d’avoir pu partager un tournage avec lui, et d’avoir été choisi par Lars von Trier pour jouer à ses côtés dans The House that Jack built.

Vers la 3e édition

Forts de l’expérience de l’an dernier, les organisateurs des Rencontres 7e art Lausanne avaient légèrement réduit la voilure: 4 jours au lieu de 5. De 7 affiches différente en 2018, offrant un compendium sur le cinéma par 7 des invités, on a passé à 3 affiches-images de films cultes. On avait d’emblée cette année l’impression de voir des salles beaucoup plus pleines : à juste titre ! Quelque 10’000 visiteurs, dont environ 6’000 dans les 41 projections proposées. Dimanche soir, à la cérémonie de clôture, un président Perez radieux nous a donné rendez-vous à l’année prochaine (du 4 au 8 mars 2020). Il est vrai que cette manifestation sans compétition, qui n’est pas sans rappeler le Festival Lumière de Lyon, a fait sortir de chez eux, outre les cinéphiles et cinéphages habituels, bien des curieux enclins à voir des titres connus sur grand écran ou à rencontrer des pointures de cinéma. Pari gagné : les rencontres ont rempli leur mission d’expérience collective chère à Vincent Perez.

Suzanne Déglon Scholer

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