Les jeunes, perdus pour la presse écrite ?

"Dans les années 90, les journaux ont dépensé un argent fou dans l’espoir d’attirer de jeunes lecteurs, avec des rubriques «sorties», des bandes dessinées, que sais-je encore… ça n’a rien donné, car cette population-là ne lira jamais de journaux. Aujourd’hui, les journaux n’essaient même plus d’attirer les jeunes, ils sont devenus plus réalistes."

Joshua Benton, ex-journaliste, directeur du Nieman Lab à Harvard, dans une interview passionnante, sur l’avenir de la presse. A lire sur le site de Libération.

Publié dans Médias à l'étranger | Poster un commentaire

"The Bling Ring", de Sofia Coppola, sur les écrans romands

Présenté en ouverture de la section "Un Certain regard" à Cannes, le dernier film de Sofia Coppola arrive sur les écrans romands. Basé sur un fait divers californien, "The Bling Ring" traduit à merveille le rapport obsessionnel que des grands adolescents peuvent nouer avec les médias électroniques : surveillance en temps réel des faits et gestes des "people" et mise en scène de soi permanente via les réseaux sociaux. En attendant la fiche pédagogique e-media (en cours de rédaction), voici ce que nous écrivions au sortir de la projection cannoise :

Bling_Ring"Rien de plus simple que d’aller faire son shopping dans la villa de la starlette Paris Hilton à Los Angeles : il suffit de repérer son adresse et ses rendez-vous mondains sur le Net, puis de s’emparer de la clé sous le paillasson. Dans « The Bling Ring », Sofia Coppola montre comment des adolescents ont pu dévaliser des propriétés luxueuses avec une facilité déconcertante. L’histoire se base sur des faits réels.

Jouissif et ambigu, le film fétichise la marchandise hors de prix. Bien que visitée cinq fois (!) par les cambrioleurs, Paris Hilton a accepté de l’être une sixième par l’équipe du tournage. « The Bling Ring » gagne ainsi un aspect documentaire kitchissime et verse dans un voyeurisme people décomplexé, en phase avec son sujet.

Ici, ce ne sont pas les pauvres qui vont se servir chez les riches. Ce sont des gosses de riches qui vont vérifier l’état de leurs connaissances. Leur talent, c’est d’identifier au premier coup d’oeil le créateur de telle robe, de tel sac à main ou de telle paire de lunettes. « Tout le monde nous aimait, on avait tellement de choses fashion », confie le garçon de la bande, au terminus de leur razzia.

Arrêtés, jugés, envoyés en prison, les gamins n’ont pas tardé à être courtisés par les médias (puis par le cinéma). Avec ironie mais sans méchanceté, Sofia Coppola filme des enfants de la télé-réalité et des réseaux sociaux qui n’ont pas appris à développer leur personnalité, mais qui savent que tout se recycle dans le système médiatique."

Christian Georges

Publié dans Général | Poster un commentaire

De l’émotion et du rythme

Une future enseignante, stagiaire à la HEP-BEJUNE, avait inscrit sa classe de transition (10e HarmoS) à la Semaine des médias à l’école. En apprenant que ses élèves ont gagné le concours de Unes dans leur catégorie, elle nous fait part de son émotion au téléphone : "Vous savez, ce sont des élèves à qui on ne donne pas toujours leur chance…" Dans des moments pareils, on en oublie toutes les embûches l’organisation d’un telle semaine thématique.

La reconnaissance des lauréats s’exprimait aussi lors de la remise des prix, au studio 15 de la RTS, mercredi 29 mai à Lausanne. "Que cette Semaine des médias existe pour longtemps !" a-t-on entendu. Il y a même des enseignants qui vont au-delà de la consigne. Qui ne se contentent pas de réaliser une première page de journal un seul jour, mais cinq jours durant ! Ou qui réalisent un journal complet, vendu ensuite aux parents. C’est le cas de la classe de Denis Maurer, du collège des Coteaux à Peseux. Elle à même réalisé un clip ultra-rythmé pour marquer la sortie de ce journal. Cliquez sur l’image pour lancer la vidéo !
Clip_Maurer

Publié dans Non classé | Poster un commentaire

Le côté obscur de la Palme d’or

Impression de malaise au lendemain du palmarès. Non pas que "La Vie d’Adèle" ne méritait pas la Palme d’or. Mais un syndicat de techniciens qui ont travaillé sur le film a pointé les scandaleuses libertés prises avec le code du travail, lors du tournage du film. Développées dans un article du "Monde", leurs doléances éclairent d’un jour assez cru les revers de la méthode d’un réalisateur connu pour "prendre son temps" : journées de 16 heures déclarées huit, doublement de la durée du tournage mais pas du budget alloué aux techniciens, plannings modifiés au dernier moment, jeunes gens malléables engagés avec des statuts de stagiaires non payés…

Kechiche use tout le monde : ses producteurs, ses acteurs (Léa Seydoux nous a confié avoir quitté le tournage avec soulagement), ses techniciens… Au final, le maître du monde cinématographique (Spielberg) lui donne raison, sur un plan artistique. Dans le dossier de presse du film, Kechiche aime à rappeler que, comme le personnage d’Adèle, il vient d’une classe sociale qu’il définit comme le prolétariat. Ce qui ne l’empêche pas de contraindre des intermittents du spectacle à travailler pour presque rien, au prétexte qu’un tournage de référence enluminera leur carte de visite… Puis de saluer, sous les projecteurs de la cérémonie de clôture, "la belle jeunesse de France".

Christian Georges

Publié dans Non classé | Poster un commentaire

En direct de Cannes

grand_theatre_lumiere

Un tandem d’e-media est à Cannes du 15 au 26 mai, pour la 66ème édition du Festival international du film. Retrouvez au quotidien les articles de Christian Georges dans les colonnes de L’Express, L’Impartial, Le Nouvelliste, La Côte, La Liberté, Le Journal du Jura, Le Quotidien jurassien. Et le compte-rendu de Suzanne Déglon Scholer, début juin, sur e-media.ch.

Publié dans Non classé | Poster un commentaire

"College Boy", un buzz programmé

College_BoyC’est un garçon "différent", nous avertit d’emblée la chanson d’Indochine. Dans le clip réalisé par le Québecois Xavier Dolan, la violence se déchaîne contre cette différence. On lance au garçon des boulettes de papier en classe, on lui dévaste son casier, on le projette à terre, on urine sur lui, on le hisse sur une croix, puis on lui mitraille la poitrine avec des gros calibres. Il y aurait de quoi tuer un boeuf, mais le garçon, à la dernière image du clip, trouve encore la force de murmurer "Merci…" Dans toute cause (et on a compris de laquelle il s’agit ici), le martyr ne regrette pas ce qui lui arrive, il l’accueille avec reconnaissance…

Quelle que soit la décision du Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) en France, l’impact sur les heures de passage du clip à la télévision aura un faible impact sur l’audience potentielle, puisque ce film en noir et blanc de six minutes a été vu plus de 500.000 fois sur YouTube. Dont une bonne partie ont sans doute moins de 18 ans.

Malgré leur crudité, les images du clip n’ont rien d’une représentation réaliste, naturaliste. Xavier Dolan adopte le noir et blanc et un format d’image carré. Ses images sont léchées et recourent à des archétypes. Le tableau noir symbolise l’Ecole dans un cadre intemporel. Les uniformes donnent aux élèves l’air policé des gosses de riches. Le climat de bizutage renvoie aux tourments des élèves du film de Lindsay Anderson "If". La représentation de la crucifixion emprunte au registre "gore" de "La Passion du Christ" de Mel Gibson.

L’outrance des situations va crescendo, sans que quiconque réagisse pour défendre la victime. Dans un plan fulgurant – meilleure idée du clip – les témoins adolescents filment le supplicié avec leur téléphone portable, un bandeau autour des yeux. Tout capter, sans rien voir, fatalité de notre époque ? Signe de déréalisation supplémentaire, le directeur de l’école apparaît sous les traits d’un cow-boy à chapeau, qui siffle la fin de la récréation.

Dans une lettre ouverte adressée à la présidente du CSA, Xavier Dolan affirme que son clip a été "produit non pas dans l’optique d’exploiter la violence de manière superficielle, mais bien dans celle de fournir à la jeunesse une œuvre à la fois réaliste et poétique, et qui puisse illustrer de manière graphique la brutalité dont ils sont tour à tour les dépositaires, instigateurs, ou témoins."

Dans "Le Temps" du mardi 7 mai, des spécialistes genevois du harcèlement scolaire restent sceptiques. Selon eux, le film de Xavier Dolan "reste à la surface des choses. La violence y est évoquée par des "symboles" alors que le harcèlement peut être beaucoup moins visible et peut constituer une atteinte à la santé dans la durée". Pire : "Le clip ne propose aucune solution au phénomène du harcèlement". Il pourrait même "donner des idées à ceux qui n’y pensaient pas". Le soupçon selon lequel le groupe Indochine a savamment orchestré sa campagne de promo pour faire le buzz est très puissant. Pour rappel, YouTube négocie en amont, avec les artistes qui sortent des clips, le montant des rétrocessions publicitaires versées, en fonction du nombre de vues. Quant à Xavier Dolan, recalé par le Festival de Cannes, où il espérait présenter "Tom à la ferme" (après "Laurence Anyways"), il trouve le moyen de soigner sa notoriété d’une autre manière.

Publié dans Non classé | Poster un commentaire

Eliane Ballif et Edwy Plenel défendent la spécificité du journalisme

Eliane Ballif quittera la direction du Centre romand de formation des journalistes (CRFJ) au 30 juin prochain (elle y sera remplacée par Marc-Henri Jobin, venu de l’ATS). Vendredi dernier, des louanges appuyées lui ont été adressées en marge de l’assemblée générale de Médias Suisses à Lausanne. Connue pour son intransigeance lors des débats à la TSR, l’intéressée a en effet fortement contribué à revaloriser le cursus de formation des stagiaires. Parmi ceux qu’elle a vus passer en dix ans, combien avaient la vocation du journaliste ? D’après elle, guère plus d’un tiers…

Ces stagiaires actifs dans les médias romands, ils étaient environ 85 par an avant 2009. Ils ne sont plus que 60 en ce moment, ce qui donne une idée de la crise que traverse la profession. "La concurrence fait que la recherche du buzz a remplacé la recherche de la vérité", a lancé Eliane Ballif aux éditeurs de presse réunis. Selon elle, il est indispensable que les futurs professionnels aient conscience de leur spécificité de journalistes, par rapport à tous les autres communicants.

Le fondateur de Mediapart Edwy Plenel n’a pas dit autre chose, lundi 29 avril à l’Université de Neuchâtel, à l’invitation de la Fédération des étudiants neuchâtelois : "Le défi principal des journalistes de demain, c’est de défendre la valeur de ce qu’ils font. Il leur faut renoncer à la tyrannie du court, du buzz, de l’audience à tout prix. L’audience c’est la masse, la démocratie, ce sont des publics. Notre métier à une responsabilité sociale. Notre légitimité, c’est le public. Nous sommes au service du public." Rouage essentiel de la démocratie, le journaliste est celui qui permet aux citoyens de se déterminer de manière libre et autonome, quitte à avoir, comme Brassens, "la mauvaise réputation" ("Les braves gens n’aiment pas que l’on suive une autre route qu’eux...").

La qualité du journaliste, c’est de savoir trier, pointer l’information qui fait sens, ou qui demeurait inaperçue. "Est journaliste celui qui sort la nouvelle qu’on n’attend pas ou qui est capable de penser contre lui-même. Il faut savoir affronter des faits qui nous dérangent et ne pas céder à la bataille des opinions," insiste Edwy Plenel.

Publié dans Non classé | Poster un commentaire